15 mai 2008

L'éloge de la beauté, Cédric

Cdric

A mon âme destinée,

J’ignore où tu vis, si même tu existes. Mais l’irrépressible certitude de t’aimer déjà, me pousse à mettre par écrit ces mots que jamais peut-être tu ne liras.

Et si je t’aime indéniablement, c’est que, quelque part, tu existes, ne serait-ce qu’en moi, alors même si nos corps jamais ne se touchent, je sais les vérités que j’écris dans cette lettre.

Tu es celle qui ressent la chaleur des pensées issues de mon cœur ; parcourant le globe elles se posent sur ta peau avec la douceur que met une plume à caresser le vent.

Notre similaire conscience du vide connecte nos sourires libérés. Tes lèvres sont les plus belles car elles goûtent des miennes l’éternité silencieuse.

Je ne toucherai aucun autre corps que le tien, tellement me paraissent vains une étreinte incomplète, une caresse désunie, un baiser sans amour, une union des corps sans les âmes.

Je ne te cherche pas ; si la vie le désire, elle nous fera nous trouver. Je te ressens déjà dans toutes les beautés qui font mon être vibrer.

Je suis dans chacun des instants qui te font savourer le présent, tu es dans chacun des miens, passés et futurs.

Tu connais comme moi la beauté qu’est la chute des mots dans le vide de l’autre. J’y ferai aussi chuter mes baisers, ma présence, mon évanescente solitude pour qu’elle fusionne avec la tienne dans une parfaite quiétude.

Te décrire c’est faire l’éloge de la beauté.

Je ne t’attends pas. Je n’attends pas ta présence pour t’aimer. Je t’aime.

11 mai 2008

Lettre de Maria à Ezperanza

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Esperanza,

Voilà maintenant des mois que je n’ai pas de tes nouvelles. J’ai attendu, en vain. J’ai guetté le facteur, en vain. Désormais je n’attends plus. Je sais que tu ne m’écriras pas. Je crois aussi savoir pourquoi tu as ainsi coupé les ponts. Il te faisait peur et tu as préféré fuir.

Pourtant cet autre qui te terrorise et t’a ainsi transformée en autruche était un être formidable.

Oui, il était différent, mais cette différence était source perpétuelle d’enrichissement.


Oui, il allait mourir, c’était inéluctable et il le savait.


Toi quand une grippe te terrasse tu mets des semaines à t’en relever, tu en parles pendant des mois. Tu aurais vaincu l’Everest, tu n’en tirerais pas plus grande fierté.


Lui pouvait compter en mois le temps qu’il lui restait à vivre et plutôt que de se lamenter ou de se replier sur lui-même il croquait la vie à pleines dents.


Là où tu aurais été amorphe et résignée, il était actif et souriant. Il savourait chaque instant : la beauté d’un soleil couchant, la luminosité grise d’un petit matin pluvieux, le rire d’un enfant…


Il fourmillait de projets et jamais ne se plaignait de ne pouvoir les réaliser. Au contraire, il accueillait avec d’autant plus de reconnaissance ceux qu’il pouvait réaliser, aussi petits fussent-ils. Tu vois, un soir, après sa séance à l’hôpital, il avait souhaité aller admirer son amandier en fleurs, au fond du jardin. Le trajet avait été long, il avait dû marquer de nombreuses pauses. Pas une plainte, pas une remarque. Son expédition au fond du jardin s’est faite dans la plus totale simplicité. Une véritable leçon de courage et d’humilité.


Il m’a obligé à reconsidérer ma propre vision du monde, à m’interroger sur moi-même, à mettre mes actes et mes pensées en perspective.

Il m’a interdit, tacitement, tout apitoiement sur moi-même ou sur lui-même.


Grâce à lui chaque jour j’avance un peu plus. Il m’apprend à profiter de la vie.


Son sourire s’impose à moi, même en son absence, et m’aide. Je sais que ce sourire sera toujours avec moi.


Tu vois, il t’effrayait. L’autre, l’étranger, le différent te fait fuir. Tu as peur du mal qu’il pourrait te faire. Mais as-tu pensé à tout ce qu’il pourrait t’apporter ?


L’autre gagne toujours à être connu.


Crois-moi, tu m’évitais pour ne plus le voir, pour ne pas savoir ce qui se passait, pour ne pas voir, jour après jour, sa lente déchéance physique ; et en agissant ainsi tu t’es fermée une multitude de portes.


Tu pourrais tellement apprendre de l’autre.

Sais-tu qu’il était capable de rester silencieux des heures durant sans que l’atmosphère n’en soit alourdie ? Même son silence était source d’enseignement.

Comme je te connais bien je te vois hausser les épaules et lever au ciel des yeux exaspérés. Non, ce n’était pas un saint ! Bien sûr, comme tout le monde, il était pétri de défauts. Son exigence envers lui-même le rendait terriblement et donc dur envers autrui, jusqu’à en être injuste parfois. Il savait être pontifiant à l’excès et pouvait plonger dans l’égocentrisme avec une réelle facilité. Il pouvait ignorer l’autre jusqu’au mépris.

Je ne vais pas me lancer dans un inventaire à la Prévert. Ce n’était pas le but de cette lettre.

J’ai pris ma plume simplement pour te dire que je comprenais ton silence et que je ne t’en voulais pas. Tu l’auras sans doute compris en lisant les lignes précédentes, il est mort. On l’a enterré hier après-midi.

Je pense que mon courrier t’aura surprise, voire dérangée. Finalement moi aussi je suis l’autre et en tant que telle moi aussi je te fais peur. J’espère seulement que ma lettre t’aura ouvert quelques portes et que mon petit éloge de cet autre que tu détestais et fuyait tant t’amènera peut-être à reprendre contact avec moi, ou d’autres.

Au plaisir de te lire bientôt.

Bien à toi.

Aéroport de La Guardia, le 01/01/2000

Maria

P.S : Comme tu peux le voir je t’écris depuis l’aéroport de La Guardia. Dans moins d’une heure j’embarquerai pour ce tour du monde dont j’ai toujours rêvé et que jusqu’ici je n’avais jamais osé entreprendre.

01 mai 2008

Il suffira d'un signe, par Lou

                                                                                                                 

Carte_marius_et_joannes

A Marius et Joannès C .

Hautes Vignes

Beaujolais

*

Chers Cousins,

Il suffira d’un signe

Un matin hein hein hein

Il suffira d’un signe ?…

*

J.F. Goldman-Radio Nostalgie

Prosper dort encore, mais il est si fatigué ! Je viens de me réveiller sur un grand rêve que cette lettre vient interrompre. Je ne vous en veux pas car ça allait mal tourner. Nous habitions une grotte à proximité d’une fête et on venait de nous cambrioler… Je vous rassure, pas grand chose de volé ! Nous n’avions que du mobilier acheté au Troc de l’Ile et cette fois, je n’avais pas laissé mon diapason, ni mes chers livres. On m’a volé mes hérissons en plâtre et une écumoire, je me demande ce qu’ils vont en faire, ça vaut peanuts… Je trouve cela ridicule…

Donc, rien de grave !  Un vol est toujours un viol et si j’accepte qu’on dérobe de la nourriture pour survivre à défaut de pouvoir l’acheter ou en fabriquer, j’ai toujours trouvé très lâche et sournois de profiter d’une absence pour venir fouiller et parfois saccager un nid d’humains. Je m’insurge lorsqu’on considère dans l’opinion publique qu’il s’agit de dégâts collatéraux dues aux  pulsions humaines ordinaires, assimilées à des invariants de la vie en commun, à un instinct de pillage et de curiosité irrépressibles. Prosper a l’air sinon de cautionner, d ‘excuser ou de banaliser ces déboires  et ça me hérisse le poil. Comme l’écrivait Claude Esteban dans un poème : Dans la mémoire des autres / nos blessures / guérissent toujours . Nous ne serions donc que des animaux prédateurs en plus pervers ? Oh la la , ça me fatigue toute cette complaisance envers le débordement . Qui vole un bœuf vole aussi l’œuf ! Il se vole lui-même in fine, car sans œuf on aura jamais la poule. Et sans poule le renard s’ennuie ! Il est obligé d’aller chercher un Petit Prince dans le désert et là encore ça vire au drame. Pas de RTT pour l’allumeur de réverbère, ni personnel supplémentaire pour  arroser la rose. Comment voulez-vous qu’on ne soit pas stressés ? Vilhelm mon ami peintre et sourd me le dit souvent : arrête de prendre la planète sur tes épaules et de garder ta naïveté, lis les cyniques et les pessimistes moqueurs, prends la mesure de tout ce foutoir, de sa violence et bouche-toi les oreilles et fais ce que tu as à faire ! Je suis une femme et je vois qu’il y faut trois fois plus d’énergie dans ce monde sexiste et inique. J’ai même lu récemment qu’une femme brimée doit  envisager d’aimer son oppresseur pour l’importance qu’il lui donne en la choisissant  comme objet de dépendance. C’est la vieille dialectique Hégélienne du Maître et de l’Esclave. Je me fais chambrer chaque fois que je dis ça . On me dit que dans les sociétés modernes la parité augmente et qu’il faut arrêter de se plaindre. N’empêche qu’une femme enceinte qui doit larguer son bébé pour faire carrière n’est pas très à l’aise dans ses talons aiguilles. Je caricature, mais c’est ça. Tout le monde veut sa place au soleil des vitrines de la consommation et on se fout des conséquences. Les mômes sont comme les petites tomates qu’on élève comme des bonsaïs et à qui on coupe toutes les velléités de dépendance charnelle au berceau. J’admire les femmes qui revendiquent l’allaitement et les hommes qui portent les nourrissons comme des trésors. Encore faut-il que le temps passé à éduquer ne soit pas sans cesse volé par l’employeur. Il y a des étapes de développement à accompagner de façon mixte .  Ce qui me fait le plus peur en ce moment , c ‘est la montée des pratiques ségrégatives religieuses qui donnent carte blanche à un Dieu hypothétique et inaccessible (son téléphone est décroché ! ). Elles  justifient le retour d’ une asymétrie des rôles domestiques. On n’ est pas sortis de l’auberge et quand je pense aux bagarres de nos aînées pour les droits élémentaires à disposer de son corps et à décider de sa fertilité, j’ai l’impression que pas mal de choses sont à refaire. C’est le fric qui dicte tout, et on fabrique des frustrés en grandes séries.

Vous m’avez l’air bien guilleret tous les deux, dans vos vignes. Nous on vit en ville , l’odeur des caves à fromage et à vin nous manquent. Nous essaierons de vous rendre visite cet automne, dès que j’aurai terminé cette petite sculpture de femmes assises ( qui complotent peut-être … Qui sait avec ces créatures imaginatives ?).

En attendant, écrivons-nous ! J’espère que Prosper va s’y mettre.

Je vous embrasse pour nous deux.

Prenez soin de votre dos, nous viendrons vous donner un coup de main, mais gardez-nous quelques bouteilles des Vendanges d’Octobre (Le vin des femmes dit Prosper , un peu railleur…) car sans carburant on ne tient  ni distance, ni rang …

Lou

28 avril 2008

La disparition du perroquet a-t-elle un sens ?

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(c) Photos Mth P 2008 - Personnages 1
*

Chère ,

Tu me demandes : « La disparition du perroquet a-t-elle un sens ? » , après tout ce que tu as décrit avant , je dois t’avouer que je peux partir sur n’importe quelle piste, et te répondre un peu n’importe quoi … En tout cas quelque chose qui ressemble à ce panel d’images que ta lettre a feuilleté sous mon crâne. Je pensais d’abord à l’hétérogénéité de tes trois premiers personnages ( Je mets le perroquet à part , car il serait plutôt pour l’instant du registre de la diversion ou de l’invité mystère…). La femme aux chiens qui serait, si je capte tout, ma propre mère, pourquoi pas ? Mais tu me fais monter les larmes aux yeux . Les chiens la réhabilitent dans sa fonction maternante et toute puissante . Je ne peux que m’identifier à un chiot dans la couvée bancale et j’ignore si je dois pousser plus loin l’énoncé des conséquences d’une telle comparaison. Je traduis bien malgré moi « chiotte dans la portée » et alors là je me défends tout de suite … Je préfère être l’enfant délaissée, livrée à elle-même ou abandonnée, tout en cherchant bien évidemment à m’éloigner, le plus vite possible en pensée, d’une telle incurie parentale. Peut-être as-tu voulu attirer mon attention sur le besoin de compassion vis à vis de celle qui m’a donné le jour et la nuit en même temps ? Il y a sans doute un temps pour le pardon mais là tu vois, c’est déjà fait, et tout le pathos est archivé. Certes, pour être honnête, je ne suis pas encore complètement sevrée de ma colère, qui est la version extrapolée de ma culpabilité et de ma honte : « Comment Diable me suis-je débrouillée pour choisir une mère pareille ! ». Le mieux est de me dire que je n’ai pas choisi mais je n’y crois pas assez longtemps . Je me dis qu’elle avait besoin de moi, mais quand je vois le truc des chiens, je me dis qu’elle est folle depuis toujours et que je suis née par inadvertance. J’ai besoin de me souvenir car on ne m’a pas raconté grand chose sur ma prime enfance. La seule indiscrétion aura été paternelle. Lui a prétendu qu’elle oubliait de me nourrir et de me changer, préférant s’occuper de ses chiens abîmés, et aussi que l’assistante sociale avait été longue à intervenir. On m’a séparée d’elle assez tôt et j’ai fait ma vie ailleurs. Mais je savais son nom et l’endroit où elle habitait. Elle en changeait souvent mais toujours quelqu’un s’arrangeait pour qu’on le sache. Elle était pistée en quelque sorte par les services sociaux. Elle n’a jamais pu signer de papier pour l’abandon et c’était l ‘époque où on maintenait à tout prix le lien naturel entre la mère et l’enfant confié à une autre famille, même si dans la réalité, il y en avait aucun. Je crois que pour elle , je n’existais pas en tant que chair de sa chair. Peut-être a-t-elle été endormie à ma naissance. Je sais seulement qu’elle est devenue inquiétante et anxieuse et qu’elle préférait me laisser à la nurserie pour pouvoir dormir . Je suppose que les puéricultrices et les médecins ont un peu insisté pour qu’elle me prenne dans ses bras, je n’ai vraiment aucun souvenir dans ce registre ou si vague que je crois toujours que je l’ai rêvé. J’ai mis mes baisers et mes demandes de câlins ailleurs, un peu trop d’ailleurs. On m’appelait « pot de glue » , j’essayais de rire avec les moqueurs. Un enfant sent toujours la fausseté des gestes d’adultes, mais il ne dit rien qui puisse lui attirer une surenchère de reproches. Il prend ce qu’on lui donne et il s’en fait une petite réserve pour les moments difficiles. Je préfère être une enfant mal sevrée qu’un chien à moitié zigouillé qu’on manipule de façon obsessionnelle. Ceci dit, je cherche toujours à comprendre pourquoi cette mère là a été aussi déjantée. Quelle enfance a-t-elle eue ? Etait-elle malade ou débile ? Comment se fait-il qu’elle ait tout de même pu me fabriquer ? Où est mon père ? La disparition de mon père a un sens : la fuite !… Celle du perroquet reste problématique… Si tu as envie de me dire d’autres choses , ne te gêne pas, j’ai confiance et suis maintenant assez forte pour te dire si tu fais fausse route. Ne me crois pas malheureuse. Je me suis construite avec les bouts d ‘histoire dont j’ai pu disposer. On me dit tout le temps que je dois oublier , voir de l’avant. Ca me fait sourire car j’ai fait cela bien avant qu’on ne me le serine. C’est incroyable de voir à quel point les gens qui sont autour rajoutent du drame au drame. Mon cœur est comme une armoire magique, mais il est bien rembourré comme un ballon… Ne me ressors pas la métaphore du sein sinon j’y mets un coup d’aiguille et je te fais manger le plastic. Non, c’est pas vrai ! Mon cœur est plat comme une assiette et je mets ce que je veux dedans ! Pour tes deux autres personnages, je pense à deux vies bien remplies. Je te reparlerai d’eux plus tard, peut-être quand je t’aurai trouvé un nouveau perroquet. J’aimerais qu’il chante la chanson de William Sheller : Maman est folle la mélodie tourne au bémol… Tu connais ? Oui , je sais… c’est pas bien adapté mais… on peut réinventer sa mère, non ?

________________ H .

25 avril 2008

Eloge d'Hélène, Sylvie Durbec

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Pour agrandir l'enveloppe cliquer dessus !


Pourquoi se mouvoir malade ?

      "Pourquoi me mouvoir malgré moi,
              pourquoi ne puis-je être immobile ?"


             Pablo Neruda, Le Livre des Questions

            "Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes."

             Rosa Luxembourg

______________________

D'abord laisse-moi te montrer la femme.

D'ici tu l'aperçois.

Elle n'est pas seule. Jamais. Elle vit entourée de chiens. Tous malades, estropiés,

rescapés d'on ne sait quel enfer. C'est la raison de leur adoption. S'ils étaient

des chiens normaux, ils n'auraient pas besoin d'elle.

Sa cabane, ou sa maison si tu préfères, a la forme d'un abri de fortune.

D'infortune, plutôt.Cette femme, maintenant tu la vois.

Pas jeune, pas vieille.

Au milieu de ce terrain nu et à côté de la cabane, avec les chiens, par tous les

temps, elle vit. C'est une étrangère mais si intimement liée à la nature minérale

du lieu que personne ne dirait ce mot en parlant d'elle.

Comme ses chiens malades et  estropiés,la femme est recueillie par des gens

du village. En silence. Sans déclaration d'amour réciproque.

Non qu'elle manque de quoi que ce soit et encore moins d'argent.

Le dénuement lui sied.

Et les chiens.

Leur présence autour d'elle, qu'ils soient petits ou très gros, sur trois pattes

ou se traînant à même la poussière, est un réconfort.

Cette femme, je ne la connais que par ces mots, femme et chiens, solitude

aussi.

Mais aussi par celui-la : mère.

Ou encore plus aigu : fille, sa fille. Toi ?

Je ne peux t'en écrire davantage parce que je ne suis jamais allée aussi loin.

Mais comme moi tu l' aperçois.

*

Un peu plus loin de nous, regarde : un homme sans bras droit.

C'est étrange parce que cet homme écrit. Il se sert de sa main gauche mais il dit qu'il est droitier.

Il écritpresqueavec aisance.

Des ordonnances.

Ce bras abset, j'ai mis du temps à voir qu'il manquait.

Non pas à cause de la prothèse.

J'étais si malade de peur que je n'avais rien remarqué. Je ne voyais rien.

Cet homme écrit de la main gauche en tenant son papier avec la main droite, une prothèse.

Et moi, je lui souris, aujourd'hui j'ai moins peur.

Cet homme veut écrire des romans, je crois, et le faire dans un aéroport. Il dit qu'il aime les salles

d'attente.

Pas toutes. Celles des aéroports, oui. Des hôpitaux, non.

Moi aussi je lui avoue que j'aime beaucoup ces lieux de transit que sont les salles d'attente des

aéroports.

Cet homme manchot ne dort pas beaucoup la nuit. Il a des insomnies.

Il lit la nuit.

Ce qui ne l'empêche pas de soigner les autres malades le jour.

Ce qui lui manque sans doute le relie à ceux qui, malades, viennent le voir et à  qui la maladie est en

train d'enlever une partie d'eux-mêmes.



Cet autre homme , lui, n'a plus sa jambe gauche.

Est-ce que tu l'aperçois ?

Il est plus jeune que les deux premiers.

Mais lui a été très malade.

Et on lui a coupé la jambe. Amputé.

C'était un sportif. Très actif.

Maintenant il est un homme à qui manque la jambe gauche.

Il continue à soigner les gens qui viennent chez lui pour souffrir moins.

C 'est un bon thérapeute. Il sait se taire et écouter le corps impuissant de ses malades.

Comme tous les malades et les soignants, nous nous voyons le jour.

Uniquement.

Il est plus jeune que le médecin écrivain des aéroports. Je ne sais pas s'il serait tenté par l'écriture et

le voyage.

Tout son être est fait de silence. C'est un homme grand et bien bâti.

La maladie lui a enlevé une partie de lui-même.

Maintenant il travaille à réparer d'autres hommes.

En silence. Légèrement souriant. A peine.



Ces deux hommes sont mutilés.

Ces deux hommes soignent d'autres hommes.

On a soigné  leurs blessures, on a cautérisé les plaies.

Puis on a fabriqué des prothèses pour remplacer les membres manquants.



Sur le poteau, regarde : recherche perroquet apprivoisé.

Je ne sais pas ce que signifie la disparition des membres des deux hommes dont je viens de te

montrer la silhouette.

Mais la disparition du perroquet a-t-elle un sens ?

____________________

S.D.

17 avril 2008

Chers Dormeurs

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Chers Dormeurs,

Je me demande quelle mouche vous a piqués tous les deux !

Cela fait plus d'un mois que vous êtes sous la Couette dans la Maison de la Cause des Causeuses, pas un de vous deux ne bronche et on a  l'impression qu'on ne va pas recevoir votre lettre de sitôt.

Mais peut-être sommes nous dans l'erreur, due à notre impatience de voir se nouer des correspondances pour cette quatrième édition des vendanges postales et poétiques 2008. En tout cas, sachez que nous allons faire un peu de bruit poétique autour de vous, en espérant que vous sortirez de votre léthargie. La planète est un peu fiévreuse , mais ce n'est pas une raison pour aggraver la pollution sonore avec vos ronflements...

Prosper et Lou , pardonnez notre insistance d'aujourd'hui, nous avons besoin de votre avis.  Dites -nous ce que vous comptez faire dans les prochains jours, le Printemps des Poètes est bien avancé .

Nous ne pourrons pas vendanger aussi bien sans vous.

A bientôt ?

                         Banniere_2007_2

Marius & Joannes 

15 avril 2008

               

La Cause

des

Causeuses

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Envoyez vos Courriers d'Art Post@l 2008

par mail à

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et

par la poste à

La Cause des Causeuses

Résidence Le Clos Fleuri

67, Avenue Viviani

69008  LYON

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